Les conférences familiales en Flandre (CdF)

« Une réunion familiale qui prend les choses en main ! »

De Eigen Krachtconferenties” (EKc) – Auteur : Jef Mostinckx

De Eigen Krachtconferenties[i] (EKC) littéralement traduit « les conférences qui font appel aux compétences (forces) personnelles des familles », sont mieux connues dans la littérature comme des conférences familiales (CdF) ou les « Familly group Conferences »[ii].

L’éducation d’enfants est une tâche importante dans la vie quotidienne de chaque famille. Les parents ont parfois des questions ou des doutes quant à leur éducation. Des problèmes peuvent se poser au sein de la famille.

Pour résoudre les problèmes, les travailleurs sociaux se réunissent avec les enfants et leurs parents autour d’une table pour discuter des solutions. Ils analysent ensemble les problèmes et cherchent des solutions adéquates.

C’est la raison pour laquelle au début de la conférence les invités reçoivent les informations nécessaires en vue d’élaborer un plan. Durant une première partie, le réseau familial et social s’assoient autour de la même table avec les professionnels. Les professionnels, en respectant leurs règles déontologiques, présentent les informations utiles et répondent aux questions des participants. Ils expliquent de façon neutre et claire les possibilités de l’aide possible.

Le réseau familial et les assistants sociaux formulent leurs préoccupations de manière respectueuse. Si le plan de la conférence doit se conformer à certaines exigences (par ex. du Tribunal des Affaires Familiales), elles doivent être clairement formulés aux participants.

Pour une citoyenneté active

Les conférences familiales s’inscrivent dans la transition actuelle du secteur de la santé et de l’aide sociale pour les jeunes, par une approche intégrale et inclusive. Ce qui est très important pour une CdF est de « faire appel aux ressources des personnes qui entourent le mineur ». 

La méthode CdF vise une citoyenneté active : le droit et l’obligation des citoyens à prendre la responsabilité de leur vie, ensemble avec d’autres.

Aidez-moi, j’obtiens de l’aide: de l’aide sociale à une impuissance apprise

“Le droit à l’aide” met parfois trop l’accent sur l’aide social : “le client attend du travailleur social qu’il résolve ses problèmes à sa place avec la conséquence d’une impuissance apprise.  Grace à une approche CdF les citoyens gardent la gestion de leur propre vie en faisant un plan ensemble avec leur réseau familial et social. Pendant une CdF on fait plus appel aux compétences du client et ainsi l’aide répond mieux à ses besoins.

La méthodologie d’une CdF

La méthode CdF est un modèle de décision: en agrandissant le cercle des personnes autour du client et en organisant durant la conférence familiale  un temps privé, les solutions sont plus adéquates et ont un meilleur soutien. Ici l’expertise professionnelle, l’engagement de l’environnement personnel du jeune et le contrôle sur la propre vie sont liés de manière optimale. 

Les différents rôles dans une conférence familiale

1.  Le rôle des citoyens

Lors d’une CdF le rôle du citoyen est celui de demandeur ou conseiller
    -demandeur: toute personne peut introduire une demande pour une conférence familiale 

    –conseiller: un conseiller peut être sollicité à être présent à une CdF en tant qu’expert d’une problématique que les participants veulent résoudre.

Tant le demandeur que le coordinateur de cette conférence peuvent inviter un conseiller ou un expert de terrain. Il n’est pas nécessaire que l’expert connaisse le(s) demandeur(s), ni de savoir quelque information à propos de la demande pour laquelle la conférence est réunie. (cf.infra)

2. Le rôle des coordinateurs

L’objectif réel d’une conférence familiale est de rédiger un plan d’action globale, dans lequel les engagements des enfants, de leurs parents ainsi que des différents services sociaux, sont bien déterminés. La table ronde est une concertation entre les mineurs, leurs parents et les services sociaux qui assistent professionnellement  la famille. La déontologie de la médiation est appliquée.  Le coordinateur est une personne indépendante qui organise et préside la réunion. Il informe les participants des « règles du jeu » : participation libre, bonne foi, respect, confidentialité, égalité entre les différents participants… Il se comporte de manière impartiale et neutre et facilite la communication afin que les parties impliquées négocient elles-mêmes les solutions et déterminent les responsabilités de chacun. Après la concertation il rédige le plan de traitement reprenant les accords que les parents, les enfants et les différents services ont prévu ensemble.

Les coordinateurs CdF sont des professionnels bénévoles formés. Ils sont  médiateurs familiaux (bénévoles) et ne remplacent pas les travailleurs sociaux. Leur mission est la facilitation et l’organisation de la conférence familiale.

3.  Le rôle du travailleur social

Le rôle de l’assistant social est :

  • de parler avec ses clients de la possibilité d’une CdF
  • de les aider à faire la balance entre les avantages et les désavantages de la demande  d’une conférence familiale 
  • de réfléchir comment élargir le réseau social et familial. Si nécessaire, d’aider le client à remplir le formulaire d’application
  • de motiver ses collègues travailleurs sociaux à faire confiance dans cette méthode pour faire un plan
  • de communiquer toutes les informations pertinentes dont les participants ont besoin concernant la méthodologie de la CdF
  • de se mettre d’accord avec les clients sur les informations qui seront communiquées dans la première partie de la conférence.

4.  Le travailleur social et le jeune avec des troubles

Quand un client a besoin d’un plan, l‘assistant social peut lui proposer de remplir le formulaire ad hoc. Après l’inscription auprès du secrétariat CdF, un coordinateur prendra contact pour un rendez-vous. Le client peut s’inscrire lui-même ou, le cas échéant, le travailleur social peut le faire avec lui.

Le coordinateur le tiendra au courant de la date prévue de la conférence et de tout le processus. Il se rendra au domicile des clients afin de leur expliquer le « trajet » de la CdF, comment elle se déroulera et comment ils réaliseront ensemble un plan.

Dès que le client a décidé de participer à une conférence familiale, le coordinateur prendra en charge la préparation.

Durant la phase de préparation, le coordinateur contactera les professionnels impliqués. Il expliquera ce qu’on attend d’eux lors d’une conférence. Durant cette conversation, il leur communiquera les exigences fondamentales du plan, par exemple, les exigences du Tribunal de la Jeunesse, le minimum nécessaire de facilités médicales…

La conférence familiale 

Une conférence familiale se compose de 3 parties :

L’objectif de la conférence familiale  (CdF) est de résoudre les problèmes concernant un ou plusieurs membres de la famille. La CdF permet à la famille de poser le(s) problème(s) et de choisir avec tous ceux qui lui sont proches, les ressources à mettre en œuvre pour sa résolution. Durant la 2ème partie la famille et les amis, indépendamment des professionnels, mais bien conseillée par ceux-ci, prend la responsabilité d’établir un plan d’action qui répond aux problèmes posés.

1.  Introduction : l’échange d’informations

Le coordinateur, bénévole formé, coordonne la réunion sans s’impliquer dans le contenu. Évidemment il est tenu à la confidentialité de l’information obtenue auprès des participants et préside comme facilitateur la conférence.

Dans un premier temps, tous les participants ont l’opportunité de s’exprimer. Sur base d’infos et de tous les avis, ils chercheront ensemble, dans une partie privée, des solutions sur mesure selon les capacités de chacun et noteront leurs solutions dans un plan pour l’avenir.

Durant la première partie de la conférence, les participants peuvent obtenir des informations spécifiques de la part des travailleurs sociaux et des experts, par exemple concernant l’aide sociale disponible, la liste d’attente, les moyens techniques, les possibilités juridiques,…

En tant qu’expert il n’est pas nécessaire qu’on connaisse le(s) demandeur(s), ni de savoir quelque chose de la demande pour laquelle la conférence se réunit.  Le demandeur ou coordinateur le contactera auparavant afin qu’il soit informé.

Le cas échéant le coordinateur peut, sur la base des informations obtenues durant la préparation, leur remettre un questionnaire SOS. Ce questionnaire vise à fournir un outil avec des questions qui leur permettra d’y répondre avec plus de confiance. C’est un instrument avec des étapes créant plus de sécurité. Il s’agit de questions qui donnent plus de confiance pour y répondre.

Ci-dessous un exemple de questions « système SOS » – Signs of Safety[iii] :

  1. Qu’est-ce qu’il va bien quant à l’éduction des enfants ?
    1. Quels sont les éléments appréciés par les parents et les enfants à la maison et à l’école ?
    1. A quels moments les parents ont-ils réussi à donner l’assistance nécessaire à leurs enfants?
    1. D’après vous qu’est-ce que les travailleurs sociaux  apprécient  le plus en ce qui concerne l’éducation des enfants?
  2. Quelles sont les préoccupations des parents, des enfants et des travailleurs sociaux ?
    1. De quelle aide ou assistance la famille a  besoin pour donner une bonne éducation aux enfants ?
    1. Qu’est-ce que les parents trouvent difficile dans l’éducation de leurs enfants?
    1. Qui peut aider à donner plus de chances aux enfants dans leur éducation?
    1. Quelles sont les difficultés des parents pour assurer une bonne éducation aux enfants ?
  3. D’après vous qu’est-ce que les parents, les travailleurs sociaux et les  éducateurs devront faire à l’avenir  pour assurer une bonne éducation aux enfants ?
    1. A quelle aide psycho-sociale pensent les parents pour que les professionnels puissent prendre des mesures bénéfiques dans l’éducation des enfants?
    1. A quoi pensent les parents de ce qui doit être fait à l’avenir pour maximiser les possibilités d’éducation des enfants ?
    1. Quelles sont les tâches de chacun qui puisse aider les parents et les enfants ?

2. La partie privée

Durant cette 2ème partie dite « partie privée », le client, sa famille et ses connaissances se réunissent séparément. Le coordinateur et les professionnels présents quittent la salle de réunion afin que la famille discute de la situation et élabore un plan. Le coordinateur et les professionnels attendent dans une autre salle jusqu’au moment où ils ont élaboré un plan. La deuxième partie est donc réservée à la famille et aux amis du client pour qu’ils puissent faire appel à leurs propres compétences.

Puisque le coordinateur et les professionnels ont quitté la salle de réunion pour attendre la troisième partie, il est possible que de nouvelles questions techniques se posent. Le cas échéant ils font appel au coordinateur ou à un travailleur social. Il répond à la question et quitte à nouveau la salle.

Durant cette 2ème partie le plan est rédigé par les participants eux-mêmes, à leur manière. Ils décident en outre des modalités de sa mise en œuvre : qui fait quoi et quand. La famille peut à la fois mobiliser ses propres ressources et demander aux travailleurs sociaux de fournir certains services.

Éventuellement le coordinateur peut donner aux membres de la famille une liste de questions pour leur faciliter la rédaction d’un plan.

Une fois que les participants du réseau social et familial sont tombés d’accord sur le contenu du plan, ils font entrer le coordinateur et les professionnels pour le leur présenter.

3.  La présentation et l’adoption du plan : accords et conclusions 

Durant cette 3ème partie, le plan est relu par tous les participants présents. Le coordinateur demande si tout le monde est d’accord. Le plan est adopté, à condition toutefois d’être sans danger, légal et applicable dans la pratique.

Le coordinateur vérifie que c’est bien le cas et que les éventuelles exigences fondamentales ont été suffisamment intégrées. Si cela s’avère nécessaire, il demande aux participants d’approfondir certains éléments imprécis ou incomplet.
Si le soutien demandé n’existe pas ou n’est pas disponible, le groupe cherchera ensemble une solution appropriée afin que le plan puisse être réalisé de la meilleure manière possible.

Lorsque le coordinateur estime que le plan est finalisé, le consultant peut, le cas échéant, également l’approuver officiellement. Ce dernier ne peut pas modifier le plan, mais il peut demander des éclaircissements.

Dès que le plan est adopté, le groupe décide des modalités permettant de vérifier sa bonne mise en pratique. A cette fin, les participants conviendront d’une date à laquelle ils procéderont à une évaluation du plan. Ils conviennent des démarches à entreprendre dans le cas où les choses ne se déroulent pas comme prévu.

L’essence même du processus dans son ensemble consiste à exploiter en premier lieu les ressources des personnes directement concernées par la situation ainsi que celles de leurs proches.

4.  Après la conférence : la mise en pratique du plan

A l’issue de la conférence, le coordinateur emporte les documents sur lesquels le plan a été inscrit et retranscrit les accords passés dans les termes d’origine dans un formulaire standardisé. Une fois retranscrit, ce plan est remis à tous les participants. Les personnes centrales désignent également les assistants sociaux qui peuvent se voir remettre un exemplaire du plan. En pratique, il s’agit de presque tous ceux qui sont impliqués auprès de la famille.

De cette manière, le plan peut faire office de guide pour l’assistance à apporter et permet d’axer celle-ci sur les demandes formulées par les clients. Les accords consignés dans le plan de la conférence familiale sont le fruit d’une réflexion commune intensive et ont récolté l’approbation de tous les participants à la conférence.

Jef Mostinckx


[i] Hannie van der Horst, Lineke Joanknecht en Rob van Pagée. Handleiding Eigen Kracht-conferenties, Eigen Kracht Centrale, 2010

 Mirjam Beyens. Eigen Krachtconferenties, burgers aan zet, Garant, Antwerpen-Appeldoorn, 2013

Jef Mostinckx. De Eigen Kracht Conferentie: een decision-making familie-conferentie. In: Welzijn en Zorg in Vlaanderen, 2010 – 2011, Kluwer 2010, p. 377-386

[ii] A Family Group Conference (FGC) is a mediated formal meeting between family members and other officials such as social workers and police in regards to the care and protection or criminal offending of a child or adolescent.”

“A family group conference is a process led by family members to plan and make decisions for a child who is at risk. Children and young people are normally involved in their own family group conference, although often with support from an advocate. It is a voluntary process and families cannot be forced to have a family group conference.”

https://www.frg.org.uk/involving-families/family-group-conferences

[iii] Integrale Jeugdhulp, Samenspraak. Perspectieven in het omgaan met verontrusting en maatschappelijke noodzaak. Leesmap van ‘Sign s of Safety’,  Brussel 8 maart 2012.

Integrale Jeugdhulp, Samenspraak. Perspectieven in het omgaan met verontrusting en maatschappelijke noodzaak. Leesmap leidinggeven aan ‘Signs of Safety’,  Brussel 16 april 2012.